DOCUMENT DE RÉFÉRENCE

MÉMO SUR LA LUTTE CONTRE LES VIOLENCES FAITES AUX FEMMES, LES MARIAGES PRÉCOCES ET L'AUTONOMISATION DES FEMMES AU CAMEROUN

Ce document présente les principales notions, données, causes, mécanismes de prise en charge, objectifs, défis et recommandations liés à la protection des femmes et des filles au Cameroun.

INTRODUCTION

Comprendre les violences et le féminicide

La violence Basée sur le Genre (VBG) désigne tout acte de violence dirigé contre une personne en raison de son genre. Au Cameroun, elle touche majoritairement les femmes.

Le féminicide est sa forme la plus extrême : le meurtre d'une femme parce qu'elle est femme, commis le plus souvent par un conjoint, ex-conjoint, partenaire intime ou membre de la famille.

On ne parle plus de « crime passionnel » ou de « drame conjugal », mais bien de féminicide. C'est un crime systémique.
ÉTAT DES LIEUX

Une recrudescence alarmante

Les chiffres officiels du MINPROFF et des associations montrent une courbe ascendante :

2023 50 à 56 femmes tuées
2024 67 à 69 femmes tuées
2025 66 à 77 femmes tuées au 25 novembre 2025
2026 De janvier 2026 à septembre 2026, plus de 70 femmes tuées
264 femmes tuées en 3 ans (2023–2026)
13 %

Selon l'Enquête Démographique et de Santé (EDSC-V 2018-2019), 13 % des Camerounaises ont déjà été victimes de violences sexuelles au cours de leur vie, dont 2 % avant 15 ans.

À cela s'ajoute une nouvelle forme : les violences numériques — cyberharcèlement, revenge porn, chantage, qui a été le thème de la campagne des 16 jours d'activisme 2025 : « Unis pour mettre fin à la violence numérique ».

CAUSES PROFONDES

Comprendre les facteurs de violence

01

Socioculturelles

Organisation sociale patriarcale, éducation à double standard, pesanteurs culturelles, mariages précoces et forcés, mutilations génitales féminines.

02

Juridiques

Vide juridique : la violence conjugale n'est pas reconnue comme crime distinct.

03

Institutionnelles

Banalisation par certains OPJ qui considèrent que cela relève de la « sphère privée du couple », peur des représailles et dépendance économique des victimes.

CADRE JURIDIQUE

Un dispositif incomplet mais en évolution

Ce qui existe déjà

  • Code Pénal révisé de 2016 : réprime les agressions via les articles 275 (meurtre), 276 (assassinat), 277 (blessures graves), 278 (coups mortels), etc.
  • Loi du 14 décembre 2011 sur la lutte contre la traite des personnes.
  • Loi du 25 juillet 2023 sur la Charte de protection des enfants en ligne.
  • Loi sur la cybersécurité et la cybercriminalité (2010 révisée 2024).
  • Stratégie Nationale de Lutte contre les VBG 2022-2026.
PRISE EN CHARGE

Cadre institutionnel et mécanismes

MINPROFF

Ministère de tutelle.

Ligne 116

Numéro vert d'assistance aux enfants et victimes.

Centres d'écoute

RAF (Regard Au Féminin).

Campagnes

16 jours d'activisme (25 novembre – 10 décembre chaque année).

Initiatives citoyennes

A revoir.

DÉFIS

Limites et défis majeurs

01

Le Code pénal ne qualifie pas spécifiquement le féminicide comme infraction distincte, d'où des sanctions jugées inadaptées.

02

La loi ne protège que si elle est appliquée, si les victimes osent signaler et si un accompagnement psychologique existe.

03

Manque de données centralisées et de mécanisme de suivi et de redevabilité.

RECOMMANDATIONS

Pour une lutte efficace

Le collectif « The Cameroon We Want » formule 6 exigences qui résument bien les attentes :

01

Faire aboutir et promulguer la loi-cadre spécifique contre les VBG et le féminicide.

02

Rendre les unités spécialisées accessibles et fonctionnelles dans tous les commissariats et tribunaux.

03

Former et responsabiliser la première ligne : policiers, gendarmes, magistrats, personnel de santé.

04

Mettre en place des sanctions dissuasives et fortes contre les auteurs.

05

Soutenir les victimes et survivantes : hébergement d'urgence, aide juridique gratuite, prise en charge psychologique et économique.

06

Prévention à la base : éducation des garçons, déconstruction des stéréotypes dans les écoles, implication des chefs traditionnels et religieux.

« Lorsqu'une personne est brisée, il faudrait la relever » et « mettre en place des actions pour soutenir les victimes et les survivantes ».
OBJECTIFS

Agir contre les violences, le mariage précoce et les inégalités

1. Objectifs de la lutte contre les violences faites aux femmes

La violence conjugale, sexuelle et psychologique affecte plus de 40 % des Camerounaises. Les priorités du gouvernement et de ses partenaires visent à :

01

Réduire l'incidence des VBG : atteindre l'objectif de réduction drastique de ces abus à travers des plans sectoriels.

02

Renforcer le cadre juridique et réprimer l'impunité : faciliter le plaidoyer parlementaire pour l'adoption d'une loi-cadre spécifique contre les VBG et appliquer fermement les réformes du Code pénal pénalisant le viol et le féminicide.

03

Améliorer la prise en charge des victimes : déployer des infrastructures de proximité comme les Centres de Promotion de la Femme et de la Famille (CPFF) et des dispositifs d'alerte, à l'instar de la ligne verte nationale 116, pour assurer un soutien médical, juridique et psychologique.

2. Objectifs de l'éradication du mariage précoce

Le mariage des filles de moins de 18 ans reste un défi majeur lié à la pauvreté et à certaines barrières socioculturelles. L'action publique s'articule autour de :

01

Garantir le maintien des filles à l'école : protéger l'accès à l'éducation secondaire pour briser le cycle de la dépendance.

02

Protéger la santé sexuelle et reproductive : éviter les grossesses précoces, les complications obstétricales comme les fistules et réduire la mortalité maternelle et infantile.

03

Harmoniser les lois : aligner la législation nationale sur les engagements internationaux, tels que le Protocole de Maputo, afin de fixer l'âge légal minimum du mariage à 18 ans pour tous, sans exception.

3. Objectifs de l'autonomisation et de la liberté d'action de la femme

Lever l'obligation d'obtenir l'accord ou « l'autorisation » du conjoint pour travailler, posséder des terres ou entreprendre est essentiel pour l'équité. Les buts recherchés sont :

01

Favoriser l'indépendance financière : permettre aux femmes d'accéder aux ressources économiques, au crédit, au secteur formel et à la propriété foncière afin qu'elles ne soient plus contraintes de subir des relations abusives par dépendance matérielle.

02

Stimuler le développement macroéconomique : le Cameroun ne peut atteindre ses objectifs d'émergence en excluant plus de la moitié de sa force vive, les femmes représentant environ 50,6 % de la population.

03

Accroître la participation politique et décisionnelle : garantir la présence des femmes dans les instances de prise de décision, tant au sein du foyer que dans les institutions publiques (communes, parlement, ministères).

EN RÉSUMÉ

Ces trois leviers visent un but unique : bâtir une société camerounaise juste, où les femmes et les filles jouissent pleinement de leurs droits fondamentaux, contribuent librement à l'économie nationale et vivent à l'abri de la peur et de la coercition.

IMPLICATION DES HOMMES

Des alliés essentiels pour le changement

L'implication positive des hommes est un levier incontournable pour éradiquer le mariage précoce et favoriser l'autonomisation des femmes.

En tant que pères, conjoints, chefs traditionnels, leaders religieux ou décideurs politiques, les hommes détiennent souvent le pouvoir décisionnel au sein des familles et des communautés où ces pratiques persistent.

Leur contribution positive se manifeste à travers plusieurs axes stratégiques.

1. Face au mariage précoce : de gardiens des traditions à protecteurs des droits

01

Le rôle crucial des leaders communautaires et religieux : les chefs traditionnels et les leaders religieux qui s'engagent publiquement permettent de déconstruire les justifications culturelles ou religieuses du mariage d'enfants. En refusant de célébrer ces unions et en modifiant les règles coutumières, ils créent un environnement protecteur pour les filles.

02

Les pères comme alliés de l'éducation : lorsqu'un père choisit de refuser la dot et de maintenir sa fille à l'école plutôt que de la marier, le risque de mariage précoce chute drastiquement. L'investissement des pères dans les études secondaires de leurs filles reste l'un des remparts les plus efficaces.

03

Les jeunes hommes comme pairs éducateurs : de plus en plus de programmes mobilisent de jeunes garçons pour sensibiliser leurs pairs. En refusant d'épouser des filles mineures et en dénonçant ces pratiques, ils redéfinissent les critères de masculinité au sein de leur génération.

2. Face à l'autonomisation de la femme : co-créateurs d'égalité

01

Soutien à l'autonomie économique : les conjoints qui soutiennent activement l'entrepreneuriat ou la carrière de leur partenaire, en facilitant l'accès au crédit, au foncier ou aux outils de production, permettent une augmentation rapide des revenus du ménage.

02

Redéfinition de la masculinité positive : les hommes engagés acceptent et valorisent le fait que la femme prenne part aux décisions financières et stratégiques du foyer. Ce modèle de co-gouvernance brise le cycle de la dépendance économique.

03

Allègement de la charge mentale et domestique : l'implication des hommes dans les soins aux enfants et les tâches ménagères libère du temps précieux pour que les femmes puissent se former, travailler et s'émanciper socialement.

CONCLUSION

Agir pour protéger les femmes et les filles

Au Cameroun, la lutte est passée de la sensibilisation à l'exigence de répression. Comme l'a dit le Ministre délégué à la Justice Jean de Dieu Momo : « La récréation est terminée! ».

L'adoption d'une loi spécifique est désormais perçue non plus comme une option, mais comme une urgence vitale pour stopper l'hécatombe.

La lutte contre les violences faites aux femmes, l'éradication du mariage précoce et l'autonomisation des femmes nécessitent également la participation de toute la société, notamment celle des hommes, des familles, des communautés et des institutions.